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Vivre avec l'organe d'un autre : fiction, fantasmes et réalités...
S.-M. Consoli, psychiatre et M. L. Baudin, psychologue clinicienne à l'Hôpital Broussais.

 

 
 

Décalage par rapport à sa famille, sensation d'être un « revenant », peur d'être devenu « étranger » pour les siens.
Malgré les progrès des techniques chirurgicales, la greffe constitue une épreuve douloureuse qui bouleverse les repères traditionnels et incite à une profonde régression psychique. Pour limiter les phénomènes de rejet, les malades doivent être en mesure d'accepter l'organe greffé avec tous les fantasmes qu'il véhicule.
 

 
 

Trois relations ont un poids particulier :
 

 
 

- La relation entre greffé et donneur Envisager une greffe renvoie à l'image de sa propre mort que risque d'entraîner l'organe défaillant. S'y ajoutent des sentiments mêlant inextricablement reconnaissance et cul-pabilité par rapport au donneur (son identité, les conditions de sa mortÉ). Ces fantasmes prennent une résonance particulière lorsque l'organe en cause est le coeur, siège symbolique des sentiments. Comme en témoigne l'angois-se de cette femme qui se demande si son mari candidat à une greffe du coeur continuera à l'aimer comme avant. Du côté de la famille du donneur cérébralement * mort, il faut accepter que soit prélevé un coeur qui bat encore. Le corps conserve certaines apparences de vie, ce qui rend la décision d'autant plus douloureuse et lui confère des allures de « sacrifice ».
 

 
 

- La relation entre greffé et transplanteur Thaumaturge des temps modernes, le chirurgien fascine. Néanmoins, les contraintes médicales, les premiers rejets ou épisodes infectieux confrontent les patients à des désillu-sions, voire au deuil d'une toute-puissance. Il n'est pas rare que le patient -mais aussi éventuellement l'entourage -expri-me son désarroi, voire sa colère. Cette phase est d'ailleurs nécessaire pour ne plus idéaliser l'organe transplanté et se l'approprier « psychologiquement ».
 

 
 

- La relation entre le greffé et son conjoint Pour que la vie continue, le patient a besoin d'amour. Lorsque le conjoint s'implique personnellement dans le combat, prêt à prendre la relève de son partenaire à bout de force, les chances de survie sont nettement plus importantes. Aussi la structure du couple apparaît-elle déterminante dans l'issue d'une situation aussi extrême qu'une transplantation cardiaque. * La mort encéphalique (cerveau détruit) se distingue du coma où le sang irrigue et oxygène le cerveau
 

 
 

Source : Psychologie médicale. 1994, 26, Spécial 2 : 102-110
XXXVI e congrès de la société de psychologie médicale de langue française 1

 
 
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