Présence des parents lors des gestes douloureux
Le docteur Ricardo Carbajal, pédiatre, responsable du Centre national de ressources de lutte contre la douleur, avait publié en 1999 la première enquête française sur le problème de la présence des parents lors de gestes douloureux aux urgences. Quatre ans plus tard, il recense dans une nouvelle étude différents travaux conduits sur le sujet, en majorité par les Anglo-saxons. Sa réflexion a donné lieu à un film de formation, tourné avec le concours de l’association Sparadrap, et à un guide destiné aux professionnels de la santé : « Soins douloureux en pédiatrie : avec ou sans les parents ? »
Le périmètre du problème est vaste : les gestes douloureux (ponctions veineuses ou lombaires, sutures, etc.) sont subis par 10 à 15 % des enfants qui passent aux urgences ; ils sont également très nombreux dans les autres services, et particulièrement fréquents dans le contexte d’une maladie chronique ou oncologique.
L’étude du Dr Carbajal montre l’ambivalence des positions quant à la présence des parents et l’attribue à quatre facteurs : la nervosité, dont peuvent souffrir quelques médecins en présence des parents ; l’anxiété de ces derniers ; le temps que doit prendre le personnel soignant pour expliquer l’acte ; le sentiment d’inutilité ressenti par certains parents.
Les données précédemment publiées proviennent surtout des pays anglo-saxons. Parue en 2002, une synthèse* de 20 études portant sur les gestes douloureux et les gestes de réanimation traduit l’importance du souhait des parents d’être présents, que l’acte soit courant ou qu’il comporte un risque vital. Une autre enquête**, conduite aux Etats- Unis auprès du personnel soignant, indique une gradation nette selon le geste : 90 % des médecins et 86 % des infirmières sont ouverts à la présence des parents lors de ponctions veineuses, ils ne sont plus que 31 % pour les premiers et 41 % pour les secondes dans le cas de manœuvre de réanimation.
En France, le Dr Carbajal a constaté, lors de son étude menée en 2003 à l’hôpital de Poissy, que lorsque l’on donne aux parents le choix de rester lors de soins douloureux, 97 % répondent de manière positive. Un vœu partagé par les enfants, principalement par les plus jeunes qui peuvent vivre une séparation comme un abandon.
En conclusion, l’enquête montre qu’au vu des études réalisées, la présence des parents n’influe pas de façon négative sur l’anxiété de leurs enfants ni sur celle du personnel soignant. Un point important : cette présence ne peut être envisagée que si une analgésie adéquate est associée au geste.
En prolongement, le film résume, par la voix du pédiatre Stanislas Tomkiewicz, les conditions d’un geste réussi: une bonne technicité antidouleur, la présence de la mère, le fait qu’elle chante une chanson à son enfant.
Ricardo Cabajal Présence des parents lors des gestes douloureux – Soins Pédiatrie – Puériculture. Masson. N° 212, p. 36-39, juin 2003.
Soins douloureux en pédiatrie : avec ou sans les parents ? Les petits guides Sparadrap – N° 3 – Novembre 2000
**Boudreaux ED, Francis JL, Loyacano T. Family presence during invasive procedures and resuscitations in the emergency department: a critical review and suggestions for future research. Ann Emerg Med 2002; 40: 193-205 **Beckman AW, Sloan BK, Moore GP et al. Should parents be present during emergency department procedures on children, and who should make the decision ? A survey of emergency physician and nurse attitudes. Acad Emerg Med 2002; 9: 154-8.