« L'éducation d'un enfant autiste doit privilégier l'enseignement des compétences sociales »
Catherine Milcent est psychiatre, mère d'enfant autiste et responsable d'une association de parents pour l'intégration des enfants autistes à l'école. Lors des journées du Groupe de recherche sur l'autisme et le polyhandicap (GRAP) les 15 et 16 mars 2002, elle a fait une intervention remarquée sur ses vingt années d'apprentissage autour de l'autisme.
Votre expérience en tant que psychiatre vous a-t-elle aidé à vous occuper de votre enfant autiste ?
Catherine Milcent : C'est quand mon nourrisson a commencé à balancer sa tête de droite à gauche sans arrêt (head-rocking) que j'ai dû me rendre à l'évidence. Néanmoins, quand le diagnostic d'autisme a été posé par un confrère, il m'a fait l'effet d'un coup de massue. D'un côté, je savais exactement ce qu'il recouvrait. Mais concrètement, tout ce que j'avais appris dans les livres ne me servait pas à grand chose.
Une psychothérapie mère-enfant n'ayant pas donné de résultats probants, je suis partie aux États-Unis et en Grande-Bretagne en quête de nouvelles solutions thérapeutiques. Je me suis intéressée tour à tour au programme de santé publique de North Caroline (TEACCH), puis à l'application du comportementalisme (ABA, de Lovaas) et surtout aux travaux de Ron Leaf, Koegel, Mac Gee et du Kohai Educational Centre, à Toronto.
Quels aspects de la prise en charge privilégiez-vous en tant que parent ?
C. M. : La plupart des parents se focalisent sur la réussite scolaire. Mais ce qui compte le plus, c'est la progression de l'enfant dans sa globalité. Développer la lecture et le calcul compte beaucoup, mais ne permet pas d'en faire des adultes acceptés si leur comportement n'est pas vivable ni tolérable. Compte tenu de l'étendue du spectre autistique, il est important de rester ouvert à la spécificité de chaque enfant. C'est pourquoi, au-delà des compétences médicales, j'apprécie le climat de sympathie et d'empathie du service qui prend en charge mon enfant.
Quel rôle accorder à la famille de l'enfant autiste ?
C. M. : La famille joue un rôle clé pour enseigner les règles de vie en société à des enfants dont la caractéristique principale est une capacité de compréhension sociale limitée. A 10 ans certains enfants autistes ne comprennent pas ou ne répondent toujours pas à leur prénom. Or, s'ils n'intègrent pas les règles basiques de vie en communauté, ils risquent de devenir des individus violents qui seront, de ce fait, rejetés. Il faut qu'ils puissent aller au restaurant sans mettre le doigt dans le dessert du voisin ! Mon conseil aux parents : traiter les enfants autistes comme leurs frères et soeurs mais leur enseigner les compétences sociales avec beaucoup plus de patience qu'aux autres...
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