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CATHERINE ROLLET, PRESIDENTE DU XXV CONGRES INTERNATIONAL DE LA POPULATION ET PROFESSEUR A L'UNIVERSITE DE VERSAILLES
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Quels grands axes de recherche démographique se dégagent aujourd'hui ?
 

Catherine Rollet : Comme Présidente du XXV congrès international sur la population, je voudrais attirer l’attention sur quatre grands résultats au sujet desquels les démographes vont continuer de s’interroger :
 

1) Tous les pays du monde sont entrés dans un processus de transformation de leur dynamique démographique mais la situation est aujourd’hui très contrastée. L’espérance de vie dépasse 80 ans dans les pays industrialisés, elle est passée au-dessous de 40 ans dans les pays atteints par le sida. Les inégalités augmentent au lieu de diminuer. De même concernant la fécondité, la moyenne dépasse 7 enfants par femme dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest alors qu’elle se situe au-dessous de 1,5 enfants dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie (Europe du sud et de l’est, Japon, Corée du sud, Taïwan, Hong Kong…). Comment vont évoluer la mortalité et la fécondité dans les prochaines décennies ? L’avenir est incertain.
 

2) La population du monde va continuer à croître d’ici un-demi siècle. Avec une certaine marge d’incertitude, elle atteindra probablement 9 milliards d’habitants (hypothèse moyenne des Nations Unies). Cela représente 2 milliards et demi d’habitants de plus à nourrir, vêtir, éduquer, soigner… Les démographes, font observer à l’opinion publique mondiale que ces hommes et femmes qui vont s’ajouter aux 6 milliards et demi que nous sommes en 2005 naîtront dans les pays du Sud. Voilà le défi : comment assurer ces besoins élémentaires, et d’autres non moins importants comme l’accès à la culture, sans une réflexion sur le partage des ressources, les ressources énergétiques, l’eau, par exemple, réflexion qui dépasse le seul cercle des démographes ? Voyez le cas de pays d’Afrique déjà confrontés à des situations de pénurie grave comme le Niger ou de villes dans lesquelles vivre est difficile comme Lagos au Nigéria. Comment résoudre durablement les questions cruciales qui se posent déjà ?
 

3) Un point a été solidement établi : c’est le vieillissement de la population, c’est-à-dire l’augmentation de la part des âgés dans la population. Les vieux pays industrialisés sont déjà engagés dans ce processus, du fait de leur antériorité dans la maîtrise des maladies épidémiques et du contrôle de la fécondité. Les progrès considérables dans la survie des âgés contribuent à renforcer le vieillissement et continueront à le faire au cours du XXIe siècle, si, comme on peut l’espérer, ces progrès se poursuivent en direction des maladies de dégénérescence et des maladies cardio-vasculaires. Demain, ce vieillissement touchera également les pays en développement à mesure que la mortalité et la fécondité diminueront. On doit souligner que le vieillissement, avant de constituer un problème, est le résultat d’un succès, on doit donc s’en réjouir.
 

4) Enfin les migrations attirent l’attention des démographes. C’est un paramètre important des dynamiques démographiques, notamment dans les pays dont l’accroissement est faible comme en Europe, c’est une ressort essentiel de la croissance de la population des Etats-Unis. Doit-on s’attendre à une amplification considérable des flux migratoires au XXIe siècle ? Ce n’est pas certain. Les hommes aiment « vivre au pays », peu franchissent le pas de s’installer durablement ailleurs que dans leur pays de naissance (150  millions de la population mondiale soit 2,7 %). En revanche, les hommes circulent et circuleront davantage pour des séjours de moyenne durée : pendant les études, pendant les vacances, pendant quelques années de vie professionnelle, pendant une partie des années de retraite, etc.
 

 
 

A quoi servent les démographes ?
 

CR : D’abord à recueillir des données, principalement mais pas uniquement statistiques (celles du recensement, de l’état civil, des enquêtes) ; ensuite à exploiter ces données pour les rendre intelligibles : calcul d’indicateurs pertinents, élaboration de graphiques, de cartes, etc. ; enfin à proposer une observation et une interprétation des données ainsi exploitées : quel est le sens profond de tel  phénomène ? quelle est la tendance sousjacente ? quelles hypothèses peut-on faire pour l’interpréter ? L’intérêt de leur démarche, c’est qu’en s’appuyant sur des données historiques vérifiées, ils peuvent établir des perspectives de population qui permettent d’anticiper l’avenir. Dans le cadre des hypothèses retenues,  par exemple que la fécondité en France va progressivement remonter jusqu’au niveau permettant le  renouvellement des générations (2,1), les démographes vont pouvoir dire avec une certaine assurance quelle sera la population totale en France en 2050, quels seront le nombre et la proportion des jeunes, des adultes, des âgés, voire des très âgés, etc. Les démographes proposent donc à la collectivité des outils d’analyse du présent et du futur (et du passé) lui permettant de prendre les mesures adéquates pour faire face aux problèmes émergents. Ainsi concernant le vieillissement, les différents Etats et les Nations unis savent à quoi s’en tenir, les uns et les autres disposent d’un peu de temps pour se préparer. Les démographes cherchent également à évaluer l’effet des politiques de population : on l’a bien vu lors d’un grand débat sur la fécondité dans les pays industrialisés qui a montré l’inopportunité de politiques natalistes comme il y en a eu dans le passé et l’intérêt de politiques beaucoup plus globales concernant les rapports de genre, l’emploi ou les équipements de la petite enfance. Ils fournissent donc aux décideurs des éléments leur permettant de ne pas se tromper dans le choix des moyens préconisés.
 

 
 

Qu'apporte la démographie pour l'étude de la dépendance des plus âgés et du rôle des aidants ?
 

CR : Tous les thèmes classiquement abordés par les démographes (mortalité, fécondité, nuptialité, migrations) apportent leur contribution à la connaissance du champ de l’aide aux aidants. En effet, le nombre de personnes dépendantes dépend des effectifs de population aux âges élevés -fonction de la fécondité passée, de la mortalité et des migrations- et de la prévalence de la dépendance à ces âges – autre variable étudiée par les démographes. Nuptialité, mortalité, fécondité conjuguent leurs effets pour déterminer le nombre d’aidants potentiels (conjoint, enfant, éventuellement frères et soeurs).Mais il ne suffit pas d’avoir un réseau, faut-il encore que celui-ci soit mobilisable et qu’il joue le rôle attendu. D’ici à 2030, l’effectif de la population susceptible de souffrir de dépendance (75+) augmentera fortement sous l’effet conjugué de la fécondité passée et de la baisse de la mortalité. Le nombre de dépendants n’augmentera  pas dans les mêmes proportions car les tendances passées laissent raisonnablement escompter une baisse des taux de prévalence à âge donné. Le retard de l’âge d’entrée dans la dépendance diminue la demande en aidant à âge donné, ces derniers étant eux-mêmes en meilleure santé. Si l’on prend par exemple les aidants potentiels, on sait qu’en cas de dépendance, le conjoint est le premier pourvoyeur d’aides. Les enfants arrivent en second. Mais ces enfants seront-ils aussi souvent mobilisables ? La participation croissante des femmes au marché du travail, l’allongement de la durée d’activité nécessaire pour avoir une retraite à taux plein sont des facteurs de pessimisme. A l’opposé, peut-on compter sur une implication plus grande des hommes, la répartition des tâches étant moins « genrée » ? Il est difficile de se prononcer sur l’évolution de l’intensité des contacts et des aides. Il n’y a pas d’étude diachronique sur cette question (les questions et la population interrogée n’étant jamais exactement les mêmes). Une analyse des publications porte à conclure à une stabilité des contacts en France et en Grande-Bretagne et à une baisse aux Etats-Unis. Enfin, doit-on voir dans la multiplication des familles à 4 voire 5 générations une multiplication des aidants potentiels ou un facteur d’éparpillement des aides ?
 

 
 

Texte préparé avec le concours de Sophie Pennec (FNG) et de Christiane Delbès (Ined)
 

 

 
 
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