Christine Boisriveaud travaille comme psychologue clinicienne au centre de transplantation rénale de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon. Elle s'occupe de suivre les candidats à la greffe et le cas échéant leur famille, restant à leur disposition 24 heures sur 24 en cas de crise d'angoisse (intervention à la demande du patient).
Comment répondre à l'angoisse de la transplantation ?
Les patients inscrits sur une liste d'attente de greffe passent obligatoirement un entretien avec un psychologue attaché au service de transplantation. Je travaille sur la perception de la greffe et des suites de l'opération dans l'imaginaire, de manière à traiter les angoisses. Avant l'hospitalisation, je me tiens à disposition des patients pour des entretiens en face à face, la famille étant évoquée à travers le travail psychothérapeutique. Et puis, le fantasme devient réalité : la mort tant attendue d'un donneur potentiel survient. Le greffé en éprouve un sentiment de culpabilité qui atteint souvent son point culminant pendant les 4 heures d'attente du résultat du crossmatch (test qui détermine la compatibilité du greffon). Après la greffe, il faut aussi que le patient accepte de vivre avec une partie « étrangère », en supportant tous les traitements anti rejet.
En quelles occasions êtes-vous amenée à rencontrer les familles ?
Quand il s'agit d'un donneur inconnu (décédé), le candidat à la greffe me demande parfois de recevoir le conjoint qui vit mal l'attente de l'opération. Mais c'est dans le cadre des donneurs vivants, pratique appelée à se développer en raison de la pénurie de greffons, que je vois le plus les familles. En l'état actuel de la loi, l'organe ne peut venir que des proches (père, mère, frère, soeur). Trois entretiens sont obligatoirement prévus : avec le donneur, le receveur et les deux ensemble. Le receveur s'inquiète souvent pour l'état de santé de son proche, et craint d'éventuelles conséquences de ce don. Il peut aussi se créer une dette du receveur par rapport au donneur qui se réactive dès que ce dernier a le moindre « bobo », entraînant des situations de dépendance.
Quels sont les principaux problèmes familiaux qu'entraîne une greffe ?
Le plus grand changement vient paradoxalement de la réussite de la greffe. En quittant son statut de dépendant, le malade perd en quelque sorte sa place dans la famille. Cette modification de statut est d'autant plus difficile à vivre que la personne se complaisait dans ce rôle et que les contraintes liées à la maladie étaient fortes : régime alimentaire, blocage en cas de nécessité de se rendre régulièrement à l'hôpital, notamment pour des dialyses. Quand la personne a conservé une activité professionnelle, les bouleversements de l'équilibre familial sont moins sensibles. En tout état de cause, tous ces problèmes doivent être abordés avant la greffe pour être surmontés au mieux. C'est l'objet de mon travail.
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