Le docteur Daniel Serin est responsable de l'unité des traitements du cancer du sein de l'Institut Sainte-Catherine d'Avignon. Il est également président de la société française de psycho-oncologie.
En tant que spécialiste du cancer du sein, j'ai eu l'occasion de mener un certain nombre d'études sur le rôle des proches face à la maladie. Aujourd'hui, nous commençons à disposer de résultats probants, statistiquement parlant notamment. Et encore ce que l'on sait aujourd'hui n'est encore rien par rapport à ce que l'on saura demain. Grâce à l'étude FACE (Femme Atteinte d'un Cancer du sein et Entourage), nous allons pouvoir analyser précisément le vécu du conjoint.
Le conjoint, une personne cruciale
Concrètement, depuis dix ans maintenant nous savons, grâce à la publication de nombreux documents, que le conjoint est l'élément premier sur lequel s'appuie la femme à qui a été diagnostiqué un cancer du sein. Si elle est seule - ce qui arrive fréquemment aujourd'hui -, c'est un manque crucial. Mais parallèlement à cela, nous sommes désormais conscients que pour le conjoint, la situation est également très dure. Lui aussi souffre.
Valoriser le rôle de l'entourage
Ce qu'il faut absolument dire aux proches, c'est que nous sommes aussi là, en tant que médecins, pour écouter leurs difficultés existentielles. Leur dire que nous les comprenons et surtout les valoriser, les conforter dans leur rôle de soutien au quotidien. Ce n'est pas toujours facile pour eux de demander de l'aide. En consultation, lorsque je m'aperçois que le conjoint n'est pas bien, je lui indique qu'il existe une consultation de soutien psychologique et des groupes de parole destinés tant aux patients qu'à leurs familles. Et souvent, juste le fait de savoir cela, le soulage un peu. Mais attention, il faut être incitatif et non pas directif.
Rester soi-même
Il est très difficile de donner des conseils aux proches pour aider la personne malade. Chacun agit selon sa propre histoire. Toutefois, je leur dirais avant tout de rester eux-mêmes, de conserver une relation forte. Cela ne passe pas forcément par les mots. Ainsi, assez fréquemment, mes patientes sont accompagnées de leur conjoint lors des consultations. Parfois, le mari reste totalement silencieux mais en tenant sa femme par la main. Il est là comme un roc et elle sait qu'elle pourra s'appuyer dessus.
Le médecin, un allié de l'entourage
L'entourage doit considérer le médecin comme un allié. Généralement, je n'en dis pas plus à la famille qu'aux patientes même si certaines préfèrent se taire, ne rien dire. Toutefois, le compagnon peut vouloir savoir pour préserver l'avenir. Et là, c'est à nous de trouver l'équilibre subtil entre le droit des patients et celui des familles.