Proximologie : visions d'artistes

Anne Deval

"L'entourage du malade"

Terre cuite

Carlos Esteban

"L'ordonnance"

Huile sur toile

Catherine Van Den Steen

"...humaine"

Collages réhaussés

Chantal Weirey

"Le porteur de pilules"

Terre cuite émaillée

Christian Jodin

"Et si moi aussi..."

Huile sur toile

Christine Bouvie

"De part et d'autre (N°1)"

Acrylique sur toile

Christine Bouvie

"De part et d'autre (N°2)"

Acrylique sur toile

Jean Rougé

"Le soutien"

Huile sur toile

Jette With

"L'entourage et les formules"

Acrylique et Collages

Myriam Delahoux

"Grandeur de vivre"

Terre et Métal

Nathalie Culot

"La chambre d'enfant"

Technique mixte

Nicollie Roche

"Victoire"

Technique mixte

Pierre Lamalattie

"Temps convexe"

Technique mixte sur toile

Ramiro Arango

"La descente d'Inanna"

Huile sur toile

Verdilly

"Quand on sera guéri"

Technique mixte sur bois

Witold Pyzik

"Une autre intimité"

Huile sur palette

Anne Deval Carlos Esteban Catherine Van Den Steen Chantal Weirey Christian Jodin Christine Bouvier Christine Bouvier Jean Rougé Jette With Myriam Delahoux Nathalie Culot Nicollie Roche Pierre Lamalattie Ramiro Arango Verdilly Witold Pyzik

Le thème

Selon la philosophe Kay Toombs (The meaning of illness. A phenomenological account of the different perspectives of physician and patient - 1992), "la maladie est ressentie fondamentalement comme une expérience globale de désordre, un désordre qui inclut la perturbation du corps-vécu, avec une perturbation simultanée du moi et du monde, et une altération de la relation entre le corps et le moi (manifestée par l'objectivation du corps et l'aliénation du moi par rapport à son corps)." (…) Le corps malade, "par ses exigences permanentes, se pose nécessairement en opposition avec le moi. Il faut sans cesse trouver des compensations à ses incapacités, accéder à ses faiblesses, prêter malgré soi attention à ses douleurs, et ainsi de suite, avant de pouvoir poursuivre ses projets dans le monde". De son côté, l'entourage, protecteur et bienveillant, ne sait pas toujours comment réagir face à la maladie.

La vision de l'artiste

La sculpture réalisée par Anne Deval se compose de quatre personnages. Une femme souffrante est repliée sur elle-même et sur sa douleur. Deux proches, amis ou parents, sont eux-mêmes très touchés, mais se tiennent droit. Ils symbolisent un entourage à la fois meurtri dans sa chair, mais surtout impuissant à aider le malade. Ils sont cependant unis et se soutiennent mutuellement. Un personnage masculin symbolise le corps médical. Plutôt imposant, il se tient en retrait, en partie observateur attentif, en partie tourné vers les proches du malade. Il est présent.

Anne Deval a voulu donner à cette sculpture un sentiment de solitude et d’impuissance : le médecin regarde vers les proches qui se tournent vers la malade qui, elle-même, tourne le dos et ne voit ni n’écoute personne.

Cette impuissance est néanmoins tempérée par la chaleur et la lumière de la terre utilisée. Le traitement très semblable des personnages (texture des drapés et des architectures, couleur, taille) veut donner une unité à l’ensemble, ce qui rend les personnages plus proches qu’ils ne paraissent a priori. Ils sont unis par un même combat.

Portrait de l'artiste

Les sculptures d’Anne Deval sont façonnées en terre de brique réfractaire de Bollène, une terre très sableuse. Elles sont taillées au couteau. Dans ses œuvres, Anne Deval mêle intimement le corps et l’architecture en s’inspirant des traces et des ruines des civilisations méditerranéennes.

Venue seule à la sculpture après des études de lettres et de sociologie, Anne Deval privilégie des recherches très personnelles de la plasticienne orientées vers l'agencement d'espaces intérieurs et extérieurs. Elle anime depuis 1995 des ateliers de terre cuite en milieu psychiatrique.

Anne Deval / "L'entourage du malade" / Terre cuite

Le thème

La maladie peut compliquer les relations entre le patient et ses proches. On peut distinguer quatre moments clés dans cette relation : l'annonce du diagnostic qui constitue un choc important; la phase d'entrée dans les traitements qui se matérialise par des périodes de doute et d'incertitude; le retour à domicile, durant lequel le patient peut se retrouver démuni et affaibli; la fin des traitements, avec l'angoisse de récidive éventuelle.

Chacune de ces étapes engendre des émotions particulières.

La vision de l'artiste

Dans ce tableau, Carlos Esteban met en scène quatre personnages : trois femmes dont l’une lit peut-être une ordonnance. Un enfant court vers un vieil homme malade, assis. Des symboles sont posés ici et là : un oiseau, une sphère, des ciseaux.

La scène est campée dans le silence de la peinture. Un drame semble se jouer. Quelle est la relation exacte entre les trois femmes et l’homme assis ? Ces femmes incarnent-elles des figures mythiques ? D’un côté, le vieillard semble s’abandonner. De l’autre, l’enfant est renaissance et renouveau. Jeu éternel de la vie et de la mort...

Portrait de l'artiste

Carlos Esteban est né en Argentine en 1938. Il passe sa jeunesse en Patagonie, terre chargée de légendes. Il s’installe en France en 1970. Son univers est empreint de littérature et de musique. Ses tableaux renvoient souvent à des mythes universels. Depuis 1986, Carlos Esteban vit et travaille en Normandie, pays qui l’a séduit par sa lumière.

Carlos Esteban / "L'ordonnance" / Huile sur toile

Le thème

Pour chaque pathologie chronique, mais aussi de manière transversale, une meilleure compréhension de la situation de l'entourage familial, de ses besoins et de ses contraintes est nécessaire. L'étude de l'évolution de notre société, polymorphe et multi-factorielle, (vieillissement, nouvelles solidarités, développement des structures d'accueil et d'information ...) y contribue en permettant d'anticiper les difficultés, les opportunités ou les besoins de demain.

La vision de l'artiste

Depuis plusieurs années, Catherine Van Den Steen travaille à partir de photos de journaux. Ce qui l’intéresse, c’est partir de l’image que la société se donne d’elle-même. De cette image, l’artiste cherche à dégager l’expression de l’humain qui s’y manifeste et qui peut pousser notre regard à considérer cette photo non plus comme un objet, une simple image parmi d’autres mais la représentation d’une réalité habitée, fragile, qui parle de l’homme.

C’est dans cette même démarche que Catherine Van Den Steen a abordé le thème de l’entourage des personnes malades. L’œuvre est composée de 16 photos centrales qui abordent trois thèmes principaux :
- la relation de dépendance matérielle mais aussi affective chez des personnes âgées et des bébés, des personnes en situation de fragilité. Cette relation se manifeste entre autres par les mains et le toucher;
- la relation au monde et à la famille des personnes âgées, malades, et enfants vivant un handicap. Relation existante par la présence des autres, par le geste, le regard, le jeu, mais aussi inexistante dans la solitude et l’abandon;
- la relation à un lieu, présence à la nature, de l’architecture, de la ville, d’un intérieur, d’objets, tout ce qui fait que l’on habite quelque part. Cet aspect est particulièrement mis en valeur dans le travail des espaces vides, hors figure, qui en fait peuvent être plein du sens que chacun y met.

Par la multiplication des images, Catherine Van Den Steen a souhaité ne pas enfermer une réalité dans un seul regard mais tenter d’exprimer la complexité du thème de l’entourage liée à l’histoire, l’origine et le caractère des personnes. Elle a choisi ces images comme on choisirait des mots pour raconter une histoire. Le choix des couleurs, des rythmes, des graphismes, contribue à ce langage visuel.

Portrait de l'artiste

Catherine Van den Steen est diplomée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

A sa sortie des Beaux-Arts, Catherine Van den Steen opte pour une peinture "non figurative" où l'accent est mis sur une symbolique émotive des couleurs.

En 1995, le cinquantième anniversaire de la libération des camps de concentration est venu profondément bousculer ce travail. Catherine Van den Steen ressent alors la nécessité absolue de faire réapparaître l'être Humain dans sa peinture.

Depuis quelques années,l'artiste entreprend un nouveau travail en découpant chaque jour dans des journaux des photos de visages exprimant des vies et des univers différents.

Catherine Van Den Steen / "...humaine" / Collages réhaussés

Le thème

La relation de l’aidant aux thérapeutiques est complexe et multiple. Les médecins reconnaissent de plus en plus souvent le rôle très positif que peuvent jouer les proches d’un malade dans l’observance, c’est-à-dire dans le bon suivi thérapeutique. Mais s'occuper d'un malade nécessite un dévouement constant : tout tourne autour de lui, de ses besoins, de son confort. Il arrive que le proche vive mal cette relation de dépendance. Un profond sentiment de culpabilité ou d'angoisse face à l'avenir peut se développer, avec la peur de ne pouvoir faire face : stress, anxiété, culpabilité, difficultés relationnelles, sentiment de sacrifier sa propre vie, etc. Tout cela influe sur l'état de santé physique ou moral de l'aidant, qui peut se dégrader autant que celui du malade. Il est parfois amené à avoir recours à des somnifères, des tranquilisants ou des antidépresseurs.

La vision de l'artiste

Le “Porteur de pilules” montre plusieurs enfants à la base d’un personnage en robe - l’aidant - qui soutient une longue boîte décorée de pilules.

La forme générale de la sculpture est cylindrique et circulaire comme un enfermement sans fin. Le côté mat, sombre, et même austère du vêtement du personnage central ne reflète aucune lumière. La sculpture semble plus lumineuse lorsqu’on regarde vers le haut de la boîte aux médicaments (lueur d’espoir et de guérison).

Il y a une douleur dans le visage du personnage debout. Il porte cette charge et cette difficulté liées aux contraintes de la prise de médicaments. Il semble fatigué, peut-être atteint dans sa santé, lui aussi.

Portrait de l'artiste

Née à Sétif, Chantal Weirey quitte l’Algérie alors qu’elle n’a que sept ans. Elle garde de cette enfance des souvenirs très forts, d’odeurs, de sonorités, de formes et de couleurs qui marquent profondément son travail.

Les sculptures de Chantal Weirey sont façonnées à l’aide de la très ancienne technique du colombin et de la plaque; elles sont ensuite émaillées et patinées.

Chantal Weirey / "Le porteur de pilules" / Terre cuite émaillée

Le thème

L’entourage contribue au diagnostic précoce de certaines maladies. Ce sont les proches du malade qui relèvent très tôt certains changements tels que sautes d'humeur, pertes de mémoire, chutes ou troubles du comportement et aident le patient à admettre l’existence de symptômes. La famille est souvent à l’origine de la première consultation.

La vision de l'artiste

Le tableau de Christian Jodin interpelle chacun d’entre nous : “Et si j’étais moi aussi témoin de ça ...”. Quelques symptômes ont été représentés : perte de poids, insomnie, dépression, perte de mémoire, perte d’appétit, essoufflement, folie, perte de vue, mauvaise mine.

Portrait de l'artiste

Christian Jodin, qui est né en 1968, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, rencontre un vif succès tant en France qu’à l’étranger. La technique du “zapping pictural” qu’il a mise au point lui permet de décomposer le sujet selon une approche originale dans la production contemporaine. Ces fragmentations ainsi que la juxtaposition de couleurs froides et chaudes créent de façon générale une esthétique de la lumière et de la couleur.

Christian Jodin / "Et si moi aussi..." / Huile sur toile

Le thème

La transformation d’un parent en soignant modifie fondamentalement les rapports avec la personne malade. Mais au-delà de ce changement de "statut", la surcharge de travail, l’isolement social et le manque de disponibilité guettent les proches de personnes dépendantes.

Tous n'ont pas les mêmes facultés d’adaptation, ni les mêmes capacités à accompagner ou à prodiguer les soins. Certains s'impliquent au point de négliger leur propre qualité de vie, et parfois leur santé. Ce constat montre à quel point l'entourage a besoin de périodes de répit, de moments privilégiés pour s'évader et se ressourcer.

La vision de l'artiste

Dans ce tableau, Christine Bouvier exprime cette relation à l’autre par une ligne verticale qui divise la toile en deux parties égales.

La verticale exprime la frontière entre deux mondes. L’entourage bien portant soutient, compatit, espère, mais ne peut totalement comprendre ou appréhender toutes les dimensions de la maladie. La solitude, inhérente à tout être humain, se trouve exacerbée par la maladie. De l’autre côté de la ligne, la personne malade n’appartient plus au même monde que ses proches. Elle est ailleurs.

Christine Bouvier veut ainsi montrer la rupture des relations créée par la perte d’autonomie. Avant, les gestes pouvaient être, selon les liens, des preuves d’affection, d’amour, de désir. A présent, ce sont des gestes d’aide, de soins, de compassion, même s’ils sont teintés de tendresse. Et parfois cette question peut surgir : “Est-ce lui, cet être dépendant, celui que j’aimais, que je désirais?”.

Les deux œuvres présentées sont caractéristiques du travail actuel de Christine Bouvier qui est traversée par une réflexion sur la présence physique et la distance existentielle entre les êtres. Les lignes autour desquelles elle construit ses toiles sont axes de relation et frontières à la fois.

Portrait de l'artiste

Christine Bouvier est diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Elle enseigne depuis 1999 à l'Ecole Supérieure d'Art De Cambrai.

Son travail actuel est traversé par une réflexion sur la présence physique et la distance existentielle entre les êtres. Les lignes autour desquelles elle construit ses toiles sont axes de relation et frontières à la fois."

Christine Bouvie / "De part et d'autre (N°1)" / Acrylique sur toile

Le thème

L’entourage contribue au diagnostic, apporte au malade son soutien moral et psychologique et veille au suivi thérapeutique. Une telle implication amène naturellement les proches à se rapprocher du corps médical. Leurs questions sur l’état du patient, le choix des traitements, l’évolution de la maladie, aussi légitimes soient-elles, mettent parfois les soignants dans l'embarras.

Comment annoncer un diagnostic difficile? Où se situe la limite du secret médical? Faut-il appréhender et informer différemment le malade et ses proches? Autant de questions qui montrent les difficultés de communication entre le corps médical et les familles.

La vision de l'artiste

Dans ce tableau, Christine Bouvier veut exprimer la relation entre l’entourage et le monde médical.

Adossé à la ligne, un médecin debout est représenté à gauche. Il est investi du pouvoir de dire, du savoir. De l’autre côté, le proche, la tête contre la ligne à hauteur d’épaule du médecin, est en demande de parole, d’explications, de compréhension.

Le tableau veut aussi montrer l'opposition des corps : le corps médical, "rouage" de la machine thérapeutique, qui prend appui sur la technique, et le corps aimant et émotif des proches du malade.

Les deux œuvres présentées sont caractéristiques du travail actuel de Christine Bouvier qui est traversée par une réflexion sur la présence physique et la distance existentielle entre les êtres. Les lignes autour desquelles elle construit ses toiles sont axes de relation et frontières à la fois.

Portrait de l'artiste

Christine Bouvier est diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Elle enseigne depuis 1999 à l'Ecole Supérieure d'Art De Cambrai.

Son travail actuel est traversé par une réflexion sur la présence physique et la distance existentielle entre les êtres. Les lignes autour desquelles elle construit ses toiles sont axes de relation et frontières à la fois."

Christine Bouvie / "De part et d'autre (N°2)" / Acrylique sur toile

Le thème

La pathologie et son niveau de sévérité déterminent en partie le niveau d'implication de l'entourage. Mais la qualité de l'attention prodiguée par l'aidant dépend aussi de tous les liens qui ont été tissés, au fil du temps, avec la personne soignée, avant que survienne la maladie. Les raisons qui motivent l'entourage - parfois jusqu'au sacrifice - pour restaurer le moi souffrant, avec amour, respect et compassion, sont toujours uniques : immense tendresse d'un couple ébranlé par la maladie, pure solidarité familiale, amour maternel, ou forte amitié.

La vision de l'artiste

Ici, Jean Rougé représente un malade soutenu, encouragé pour quelques pas qui le ramènent à son fauteuil.

Parce que la peinture de Jean Rougé est toujours une peinture du mouvement, bien vite s’est imposée à lui l’idée de l’accompagnement par des gestes, des attitudes qui enveloppent, confortent le malade et l’encouragent à faire un effort.

C’est ainsi que s’est construite cette toile autour d’une oblique tendue de trois personnages accolés. L’oblique permet de traduire le déséquilibre, la marche hésitante, la direction du groupe vers le fauteuil au premier plan à côté duquel, sortant de la toile et un peu détaché, un personnage observe la scène.

La toile est résolument composée de tons clairs et la proximité attentive et chaleureuse des deux visages veut dédramatiser la scène.

Portrait de l'artiste

Jean Rougé, ancien élève de l’Ecole Boulle, décrit son univers comme “un monde d’énergies courbes où un homme sans âge, hors du temps, vit totalement sa relation aux choses et aux êtres”. Il enseigne aux Ateliers des Beaux-Arts de la Ville de Paris.

Jean Rougé / "Le soutien" / Huile sur toile

Le thème

Le patient n'a pas toujours l'énergie, le temps, les capacités ou la volonté de se documenter sur sa pathologie, son évolution, les possibilités de traitement et les structures sociales disponibles. Les proches jouent alors un rôle de relais d'information et de conseil. Ils veulent comprendre et connaître les conséquences de la maladie, en dépit du secret médical qui entoure le patient. Divulguées dans un climat d’anxiété, les informations données par les médecins ne sont pas toujours comprises par les familles. Le vocabulaire médical et technique qui est utilisé constitue aussi un obstacle.

La vision de l'artiste

Jette With a mis en scène cette incompréhension ou difficulté de communication avec les soignants, en utilisant son propre langage, un langage plastique.

Le fond de la toile a été recouvert de grands fragments extraits de textes de brevets ou d’articles produits par les scientifiques et consacrés aux tout derniers progrès et espoirs dans le traitement des maladies graves. Quelques mots clés se détachent mais l’ensemble des mots et phrases se lit péniblement, et l’incompréhension reste totale.

La formule chimique agrandie et peinte en vert traverse toute la toile comme pour expliquer davantage. Mais, au fond, elle ne remplit guère plus qu’une fonction esthétique. Il y a bien un gouffre d’incommunicabilité entre les outils nécessaires à la communication professionnelle et cette famille bien soudée du premier plan. L’entourage est ainsi égaré dans un monde de science et dépossédé de son malade; celui-ci est représenté en tout petit et totalement pris en charge par le monde médical.

Portrait de l'artiste

Jette With est née à Frederiksberg au Danemark. Entre 7 et 17 ans, elle vit dans une ferme “à l’ancienne” au nord de Copenhague . Ce contact direct avec la nature et le monde animal la marque profondément. Après l’Académie Royale des Beaux-Arts de Copenhague, elle arrive en France en 1968 et suit les cours des Beaux-Arts de Paris.

La peinture de Jette With, après avoir été contestataire, est engagée. L’artiste aborde par exemple régulièrement le thème de la défense de l’environnement. La technique qu’elle utilise est généralement un mélange d’acrylique et de collages.

Jette With / "L'entourage et les formules" / Acrylique et Collages

Le thème

Par amour, amitié ou compassion, l'entourage s'implique, console, soulage, écoute et accompagne la personne malade. Il l'aide à suivre son traitement, l'encourage à faire de d'exercice, veille à son bien-être.

Mais "la maladie n'a pas le même sens existentiel pour le soigné et pour ses proches. (…) Le soigné, qui s'efforce toujours de réduire ses propres inquiétudes ou angoisses parce qu'elles sont inutilement pénibles, ressent douloureusement la présence de personnes angoissées à son sujet. Leur angoisse ne peut en effet que l'angoisser à son tour et contribue à le brider inutilement. Inversement, les proches trouvent inquiétant qu'il s'efforce d'échapper à l'angoisse car ils interprêtent ceci comme une preuve d'inconscience" (Alain Froment, Maladie, Donner un sens, 2001).

La vision de l'artiste

La sculpture que Myriam Delahoux a réalisée pour cette exposition présente six personnages ou plutôt six expressions.

L’un est malade. Sa tête repose avec confiance sur l'épaule de celui qui veille sur lui. Celui-ci arbore un sourire timide, un peu forcé, qui rassure. Il ne montre pas son angoisse, celle de sa propre santé ou de l’être aimé. Non, rien d’inquiétant ne doit paraître.

A leur droite, l'espoir, la sérénité, l'esprit dépassent la maladie vers des chemins inexpliqués.

De l’autre côté, un autre malade, sans cheveux, qui n'entend plus. Son regard est voilé. Le médecin à ses côtés l'écoute patiemment, réfléchit comment lui rendre la santé. La méditation les accompagne.

Portrait de l'artiste

Myriam Delahoux est diplômée de l’Ecole d’Arts Appliqués Duperré (section céramique). Elle met en forme des pièces uniques modelées à la main. Grâce à une technique ancestrale déjà utilisée par les Grecs et les Précolombiens, elle les patine avant la cuisson au pinceau, par trempage ou par jets pulvérisés. Ces pièces sont ensuite cuites dans un four à bois ou à gaz. Le temps et l’intensité de la cuisson sont essentiels pour obtenir des effets de couleurs nuancés.

Myriam Delahoux associe depuis quelques années le métal et la terre. Cette nouvelle technique lui permet d’exprimer de façon plus évidente le mouvement et de créer des sculptures très légères.

Myriam Delahoux / "Grandeur de vivre" / Terre et Métal

Le thème

Pour un enfant atteint d’une maladie grave ou invalidante, le traitement à domicile, plutôt que dans une structure de soins, comporte de nombreux avantages. Les membres de la famille le rassurent et veillent à son bien-être. La présence de livres, de jouets et d’objets familiers, dans un environnement chaleureux, favorisent son épanouissement.

Vis-à-vis des adolescents malades, cette option, lorsqu’elle est possible, limite le sentiment de découragement et de repli sur soi qui peut se développer.

La vision de l'artiste

Nathalie Culot a rencontré pendant plusieurs années des enfants malades à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif au sein de l’Association “Les Blouses Roses”. Dans cette “Chambre d’enfant”, l’artiste a laissé les objets en désordre afin de montrer que la vie est là. Une grande sœur s’impose à l’avant du tableau. Elle est le lien entre l’enfant et son combat pour guérir. Au-dessus de cette chambre d’enfant, colorée, gaie, animée, pèse toutefois un plafond bas et sombre : l’omniprésence de la maladie.

Portrait de l'artiste

Le travail de Nathalie Culot, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 1989, peut se rapprocher de l’art naïf. En travaillant des matières accumulées, des fragments déchirés puis recollés, l’artiste veut rechercher une certaine profondeur du temps, mélange de la réalité et du désir d’un monde protégé.

Nathalie Culot / "La chambre d'enfant" / Technique mixte

Le thème

Confronté à la douleur et à la perte d'autonomie, le soigné se réfugie auprès des siens. La prise en charge par autrui est alors vécue comme un soulagement, à la fois source d'un bien intense et promesse d'une santé nouvelle.

L'aidant prend le relai et s'efforce de redonner confiance au soigné, en lui donnant des raisons d'espérer et de lutter contre la fatalité.

La vision de l'artiste

Nicollie Roche a représenté sous forme d’allégorie le thème de l’entourage du malade. L’artiste veut montrer un entourage très présent qui accompagne la personne malade vers la "victoire" ou la guérison.

Le premier panneau du diptyque montre le médecin qui recueille et soigne les maux. Le malade est replié dans sa douleur, vers la terre (recherche maternelle). Les autres personnages viennent pour l’entourer, l’aider et le soigner.

Dans le second panneau, la personne malade se redresse et s’élance vers une vie nouvelle. Les autres personnages, famille, amis, médecin, accompagnant spirituel, assistent à cette victoire.

Les couleurs sont également symboliques : le violet pour l’intériorité, les bleus tristes et les bleus qui apaisent; les jaunes, pour la lumière et la vie; le blanc qui est l’impalpable; l’orange, mélange du rouge et du jaune, annonce le triomphe.

Les deux panneaux sont réunis comme après un orage, de la terre vers le ciel et de la gauche vers la droite, par la magie éblouissante de l’arc-en-ciel.

Portrait de l'artiste

Née en Algérie, Nicollie Roche quitte ce pays à 20 ans en 1962. Son œuvre est imprégnée des couleurs de son enfance. Peintre voyageur, elle travaille souvent à l’aide de pigments, de terre et de sable qu’elle rapporte de pays lointains. Son œuvre veut être l’expression à travers la couleur du "sentiment intérieur".

Nicollie Roche / "Victoire" / Technique mixte

Le thème

Dans la relation aidant-patient, force est de constater qu'il n'existe pas de modèle à suivre, ou de "recettes toutes faites".

De la même manière que l'expérience de la maladie diffère d'une personne à l'autre, la relation d'aide dépend de nombreux facteurs :
- le type de pathologie dont la personne est atteinte (chronique, invalidante, évolutive),
- l'état d'esprit du patient vis-à-vis de la personne qui l'accompagne, et inversement,
- la capacité de l'aidant à se dévouer à l'autre, mais aussi à s'organiser, à se ménager des temps de répit, etc.

La vision de l'artiste

Avec la maladie, le temps ne s’écoule plus de la même façon. Pierre Lamallatie représente ici la tête allongée d’une malade qui émerge impuissante de ses draps. Son temps est suspendu, pris en otage.

Tout autour, les mains de ses proches s’unissent pour conjurer le cours du temps. Ils forment là un cercle restreint, associant petits et grands. Même le chien, ami fidèle et silencieux, est là en attente - en arrêt - pourrait-on dire. Tels des spirites, tous se concentrent. Ils ne sont pas médecins mais ils veulent que leur affection contribue à infléchir la situation.

Toutes ces mains semblent “plongées” dans l’ambiance de la maladie. Comme des racines, elles s’y enfoncent, elles captent ses effluves, elles s’en imbibent, elles appartiennent à la maladie, elles sont captives. Insensiblement, elles se transforment. Leurs couleurs sont plus morbides que celles du malade. Ce n’est plus déjà un cercle régulier, mais un jeu complexe de croisements, d’arrachements et de prolongements. L’entourage du malade n’est plus comme il l’imaginait, uni dans la beauté du dévouement : il est mis en jeu, secoué, humain, misérable, parfois.

Portrait de l'artiste

Pierre Lamalattie, âgé de 45 ans, est ingénieur de formation. Il s’inscrit dans une démarche de “figuration formelle”, c’est-à-dire un désir de voir et de connaître les formes en détail. L’artiste est souvent attiré par la simplicité tragique du XVIIème siècle italien de Caravage à Guerchin comme en témoignent les contrastes de lumière et les oppositions de couleurs de la toile présentée ici.

Pierre Lamalattie / "Temps convexe" / Technique mixte sur toile

Le thème

Le développement de l’hospitalisation à domicile (HAD) permet d'assurer une meilleure qualité de vie aux personnes âgées dépendantes et aux personnes atteintes d'une maladie chronique lourde ou invalidante. Il s'inscrit dans le cadre du renforcement de l'accès à des soins de proximité et au développement de filières d'admission courtes.

Mais pour garantir la continuité des soins, cette solution nécessite une complète réorganisation de l'aval de l'hospitalisation, la mobilisation de personnels médicaux et paramédicaux et un réaménagement du domicile pour accueillir l'infrastructure nécessaire. Ces contraintes, auxquelles s'ajoute le respect de nouveaux rythmes de vie pour faciliter le travail des équipes soignantes, permettent néanmoins à la famille d'accompagner la personne malade avec chaleur et vie, dans un cadre familier.

La vision de l'artiste

Ici, Ramiro Arango a emprunté à la mythologie sumérienne quelques noms de divinités pour construire son tableau où les membres de l’entourage, au sens large, sont présents et semblent s’entrechoquer.

Après quelques mois à l’hôpital, l’évolution de la maladie d'Inanna (équivalente de Vénus dans cette civilisation) a conduit sa famille à la ramener chez elle. Elle est dans son lit entourée des siens. Les enfants continuent à jouer. Dumuzi, le mari d’Inanna, baisse la tête, il s’apprête à sortir. Il est soucieux pour l’avenir. Inanna reçoit la visite de ses parents, Nana-sir et Ningal, qui lui racontent les dernières nouvelles de la famille. Un prêtre est aussi présent pour réconforter les uns et les autres. Le médecin vient de sortir de la chambre. Le chien des enfants est sous le lit. Dans sa “chambre-hôpital”, Inanna a demandé qu’on lui accroche un tableau qu’elle aime. C’est celui d’Enki, l’oncle chéri d’Inanna.

Portrait de l'artiste

Ramiro Arango est né à Fredonia en Colombie en 1946. Très tôt, sa famille s’installe à Medellin, ville de l’éternel printemps. En 1975, il vient à Paris pour compléter sa formation artistique. Son travail consiste, en grande partie, à transformer des œuvres connues en natures mortes, en remplaçant les personnages par des objets et en établissant ainsi un dialogue avec les souvenirs de chacun. Ces compositions à base de calebasses, cafetières et fruits sont si espiègles qu’elles font rire franchement, autant qu’elles surprennent. Au-delà de l’humour, en créant de complexes tableaux mythologiques et religieux, Arango en appelle à la mémoire collective pour retrouver les origines de nos civilisations modernes.

Ramiro Arango / "La descente d'Inanna" / Huile sur toile

Le thème

Ici, l’entourage des personnes malades est traité sous un angle particulier, celui de l’”animathérapie”. Dans un certain nombre de situations, les animaux de compagnie peuvent jouer un rôle bénéfique à la santé de leurs propriétaires. Hommes, femmes, enfants et personnes âgées peuvent développer avec eux des relations particulières et équilibrantes. Ils trouvent auprès de l’animal une source de réconfort et d’échange inépuisable, ce qui réduit leur peur ou leur anxiété face à la maladie. Leur compagnon devient alors source de protection, d’affection, de consolation et de diversion.

La vision de l'artiste

Représenter un animal aux côtés du malade s’est naturellement imposé à Verdilly qu’une grave malade a immobilisé chez lui pendant de longs mois à l’âge de 10 ans.

L’animal peut être un relais affectif essentiel lorsque l’”entourage humain” n’est pas ou est peu présent. Il en est ainsi pour l’enfant que ses camarades de classe ne viennent plus forcément voir : l’animal est alors un “copain”, un confident qui l’aide à ne pas rester reclus dans sa maladie.

Portrait de l'artiste

Verdilly se dit proche du surréalisme qui lui donne d’infinies possibilités d’expression. L’artiste a aussi été marqué par un voyage en Arabie Saoudite en 1988 où l’expérience du désert lui a donné, pour la première fois, “la sensation de vraiment exister”. C’est au retour d’Arabie qu’il crée ses premières œuvres en trois dimensions.

Pour la composition de ses “hauts-reliefs”, Verdilly utilise des résines acryliques parfois chargées de sable, des personnages en acier ou en résine, de la bruyère et de la gorgone.

Verdilly / "Quand on sera guéri" / Technique mixte sur bois

Le thème

Chaque membre de la famille incarne un lien fort entre le malade et son passé, avant l'apparition de la maladie. La gravité de celle-ci, et l'incertitude quant au diagnostic va souvent modeler l'attitude des proches. L'implication de chacun sera en effet différente si l'espoir de guérison est présent ou si, au contraire, il s'agit d'une pathologie chronique qui risque de s'aggraver. L'entourage joue alors un rôle primordial dans l'acceptation et le vécu de la maladie. C'est souvent lors du diagnostic que les liens se resserrent autour du malade, pour l'aider à accepter sa condition nouvelle.

La vision de l'artiste

Dans cet esprit, Witold Pyzik a voulu représenter ici une scène intimiste entre un malade et son conjoint. Unis pour “le meilleur et pour le pire”, le proche peut aussi avoir à se réaliser dans le pire. Dominé par des couleurs chaudes, le tableau décrit un environnement simple et gai.

Portrait de l'artiste

Né à Gdansk en Pologne en 1961, Witold Pyzik est sensibilisé très tôt par son père à la peinture. Au Lycée d’Arts Plastiques, son professeur de français lui fait aimer la France et sa culture. Plus tard, à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Poznan, le nu devient son sujet favori. Les peintres qu’il admire sont Raphäel, Léonard de Vinci, Fragonard, Rubens, Boucher et Degas.

En 1985, il réalise son rêve en s’installant en France.

S'inspirant du passé, l'artiste veut créer une œuvre à la fois actuelle et intemporelle. Le monde intime et sensuel de Pyzik semble de prime abord se confronter à la rugosité du support utilisé : des palettes de transport, non rabotées, pleines de nœuds, de fentes, de clous et d'échardes.

Witold Pyzik / "Une autre intimité" / Huile sur palette